La renégociation de l’ALENA à l’heure de Donald Trump

Le 8 novembre dernier, la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques tenait une table ronde sur la renégociation de l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain (ALÉNA) et les enjeux pour le Québec.  Monsieur Stéphane Forget, Président de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et Madame Tiffany Melvin, Présidente du North American Strategy for Competitiveness (NASCO) ont donné le point de vue québécois et américain sur les renégociations de l’ALÉNA depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis et l’implantation de mesures protectionnistes.

Tout en étant consciente qu’il est impossible de prédire ce que Donald Trump fera de l’ALÉNA, Madame Melvin a expliqué que ces renégociations sont liées à plusieurs enjeux chez nos voisins du Sud. Selon elle, plusieurs sources affirment que Donald Trump cherche une raison de se retirer de cet accord. Le Président des États-Unis aurait tendance à sous estimer la force commerciale que possèdent les deux autres signataires de l’ALÉNA, le Canada et le Mexique et croit donc, à tort, pouvoir s’en sortir sans leur partenariat. Pour ce qui est du Mexique, ses croyances sont fondées dans un racisme et dans des préjugés. Ce racisme pourrait justifier qu’il se tourne vers le Canada pour commercer, dans l’éventualité où il se retirerait de l’ALÉNA.

Maintenant, il faut comprendre que la renégociation a des implications politiques également. En effet, elle scinde les deux principaux partis politiques. Au sein des Républicains autant qu’au sein des Démocrates, des sous-groupes se positionnent pour ou contre le retrait des États-Unis. Malgré cette polarisation, il serait possible, croit Madame Melvin, que le Congrès soit assez puissant pour légiférer afin d’empêcher le retrait du pays. De plus, le projet de réforme fiscale mené par Donald Trump inquiète les entreprises et complexifie le débat.  Cette réforme pourrait avoir des impacts sur la fiscalité des filiales et des sièges sociaux basés dans différents pays comme le Canada. Pour le moment, les entreprises cherchent à savoir ce qui adviendra, mais le tout demeure entre les mains de Trump.

Monsieur Forget a décrit qu’elles sont les répercussions pour le Québec d’une reconfiguration de l’ALÉNA. D’abord, il a statué que le Québec, faisant face à un défi démographique de taille en raison du vieillissement de la population et de la petitesse du marché ( 8 millions d’habitants), doit exporter s’il veut être prospère d’un  point de vue économique. Se mêlant à ces défis le bas taux de productivité québécois, la province doit continuer d’exporter si elle veut que ce taux augmente. En ce sens les États-Unis sont d’une aide précieuse en étant un principal partenaire commercial. L’ enjeu pour le Québec est donc d’éviter que les États-Unis se lancent dans des politiques protectionnistes. De telles mesures seraient nuisibles pour les entreprises québécoises pour plusieurs raisons. Monsieur Forget identifie à ce sujet les  priorités qu’ont les entreprises d’ici:

  • Éviter un recul en matière d’accès au marché et en ce qui concerne la mobilité de la main d’œuvre.
  • Réduire les obstacles au commerce.
  • Une bonne gestion de l’offre.
  • Une coopération trilatérale ( Canada, États-Unis, Mexique) environnementale.
  • Un maintien des mécanismes de règlements de différends.
  • Une gestion des nouvelles technologies numériques.
  • Une gestion du commerce des vins et alcools.

Ainsi, les entreprises québécoises ont besoin de se sentir appuyées pour les aider à diversifier leur marché d’exportation.

Somme toute, il est impossible de prédire ce qu’il adviendra de l’ALÉNA, mais force est de constater que si les États-Unis se retirent de l’accord ou adoptent des mesures protectionnistes, le Québec en subira les conséquences.